mercredi 15 février 2012

La longue marche



"J’ai écrit dans mon avant-dernier livre « La vie commence à 60 ans », que si tous les retraités couraient ou marchaient trente minutes tous les jours, on boucherait en quelques mois le trou de la sécurité sociale. Bouger, c’est vivre et la vie, c’est devant".
Bernard Ollivier


Bernard Ollivier, un autre de mes coups de cœur, dont je vous ai déjà parlé. Ancien journaliste, aussi vieux que moi, il a parcouru à pied, en trois étés, la Route de la soie sur 12000 km, de Turquie jusqu'en Chine. Il en a tiré un très beau bouquin en trois volumes, intitulé La longue marche. Je vous le recommande chaleureusement.

J'ai trouvé cet interview de Bernard Ollivier dans le blog de la rédaction de Paris-Normandie. Je vous le soumets... Ce que dit Bernard Ollivier a tout à voir avec mon propre projet.



Pourquoi avez-vous décidé, un jour, de marcher sur la route de la soie ?
“Six jours après avoir pris ma retraite (ou plutôt qu’on me l’ait donnée) en avril 1998, je suis parti à pied de Paris jusqu’à Compostelle, afin de décider de ce que j’allais faire de tout ce temps libre. J’étais alors très déprimé, inconsolable de la mort de ma femme, seul depuis que mes enfants avaient pris leur envol. La marche vous reconstruit au physique comme au mental. Au fur et à mesure que je parcourais les 2300km qui me séparaient de St Jacques, j’ai retrouvé énergie, bonne humeur et j’ai fait des projets d’avenir.
Arrivé au but, je me suis fixé deux projets de retraite : m’occuper de jeunes en grande difficulté en les reconstruisant par la marche comme je venais de me le prouver à moi-même. Et continuer à marcher sur une route d’histoire. Et quelle plus belle route d’histoire que la route de la soie ?  2300 ans d’existence, trois siècles avant notre ère l’an I de la mondialisation, le chemin des grandes « inventions » (en réalité très souvent emprunts à la civilisation chinoise) comme la boussole, le papier et la poudre qui ont permis à l’occident de découvrir le monde et de le dominer. Je suis donc parti en avril 1999 pour ce long chemin de 12000km, en doutant fortement de parvenir jusqu’au bout, mais rien ne coûtait d’essayer. Ce que j’ai fait.”
Marcher seul comme vous l’avez fait, c’est à coup sûr  mener une véritable introspection, c’est se redécouvrir
“… et redécouvrir les autres. La marche solitaire est si importante sur le plan de la personnalité que, à l’issue d’une longue marche, personne ne revient comme il est parti. Voyez la trace profonde sur ceux qui reviennent de Compostelle et qui explique l’incroyable succès de ce chemin, même lorsque l’on sait que ceux qui le font pour des raisons religieuses sont minoritaires. Marcher, c’est penser librement, loin de tous les stress que nous impose la vie moderne en société. C’est se recentrer sur soi-même, mesurer sa force de vie, se dépouiller du superflu, à commencer par l’instant où l’on fait son sac. Dans un monde de l’urgence et de la précipitation qui nous rend malade, le contrepoison est la lenteur. Et puis surtout — et c’est le paradoxe — marcher seul, c’est aller vers les autres. Rien ne vous prépare mieux à la rencontre, à l’échange, qu’une marche solitaire. Aucun moyen de transport ne permet cette ouverture à l’autre. Même en vélo, vous pouvez toujours dire « bonjour » à quelqu’un que vous croisez, mais le temps qu’il réponde, vous êtes déjà loin. Et vous êtes peut-être passé à côté de quelqu’un qui pouvait compter dans votre vie.”
Est-ce que marcher présente un aspect de jubilation ?
“Oui, et pour deux raisons : la première est de se sentir entièrement libre, dégagé de toutes les contingences. La seconde est que la marche au long cours provoque dans notre organisme la sécrétion d’endorphines, une sorte de drogue naturelle qui vous rend euphorique, presque dépendant de l’effort. La marche n’est pas douleur mais joie.”
Dans l’un de vos livres, vous évoquez une plénitude physique, un côté presque jouissif à enchaîner les journées de marche…
“Bien sûr, pour les raisons que je viens de dire. La difficulté lorsque l’on randonne tous les jours sur des distances importantes, ce n’est pas de marcher mais de s’arrêter. Pourquoi mettre un terme au bonheur ? Les pèlerins qui arrivent à Compostelle sont désolés ; c’est la fin du voyage, ils doivent descendre du petit nuage sur lequel ils étaient installés depuis des jours. Il n’y a que les sédentaires, les adeptes du fauteuil qui s’imaginent que la marche est douloureuse.”

L'année après avoir achevé sa longue marche, Ollivier y est reparti avec un fabuleux dessinateur-aquarelliste, François Dermaut, pour y retrouver la trace de ceux qu'il avait rencontrés et de ceux qui l'avaient accueilli. Ce livre est formidable.

mardi 14 février 2012

Chemin faisant


"I haven't got any special religion this morning. My God is the God of Walkers. If you walk hard enough, you probably don't need any other god."
Bruce Chatwin

"Je n'ai pas de religion particulière ce matin. Mon Dieu est le Dieu des marcheurs. Si vous marchez avec suffisamment de vigueur, vous n'avez probablement besoin d'aucun autre dieu".




J'aimais beaucoup Jacques Lacarrière. C'était un écrivain français, passionné de Grèce, à propos de laquelle il a beaucoup écrit. Mais en 1971, il traverse la France à pied, des Vosges aux Corbières, sur mille kilomètres (petit joueur!), et raconte son périple dans un beau livre intitulé "Chemin faisant", publié en 1974.
Je ne parviens pas à remettre la main sur mon exemplaire de Chemin faisant, que j'ai dû, comme d'hab, prêter à quelqu'un qui ne me l'a pas rendu. Mais j'ai trouvé le texte ci-dessous sur le site d'une association d'amis de Lacarrière.





PAROLES POUR UN ETE - LA MARCHE
Le départ: 
Demandez à quelqu’un de fermer les yeux et de dire spontanément, sans aucune réflexion, ce qu’évoque pour lui le mot “marche”. Le plus souvent, il répondra : sentier, soleil, vent, ciel, horizon, espace. Je me suis amusé à cette expérience et j’ai été surpris par ces réponses. Car “marche” pourrait évoquer aussi bien : pluie, tempête, sueur, fatigue, ampoule, cor aux pieds, entorse, chute, enlisement, engloutissement. Mais il semble que ces dernières associations — qui eussent été courantes aux siècles précédents — ne viennent plus à l’esprit aujourd’hui. Comme si le seul mot de marche libérait des rêves inexprimés ou non vécus, des besoins d’espace et d’horizon, et surtout des désirs de liberté, d’imprévu, d’aventure
.


La marche intérieure:


 Pendant des centaines de kilomètres, on est contraint de suivre le fil d’un seul chemin. Peut-être si j’avais, à tel moment, pris tel chemin et non tel autre, aurais-je croisé un vagabond sympathique, longé une église historique, traversé un village accueillant. Mais on ne vit pas sur les chemins avec ce qu’on aurait pu faire. Faute de pouvoir se dédoubler, il faut se contenter de suivre une seule voie et se dire que c’est elle — elle seule — qui vous livrera les clefs de vos rencontres. On choisit un chemin et non les choses à voir, puisque c’est lui qui vous mène (ou ne vous mène pas) vers l’insipide ou le merveilleux. Ce faisant, on éprouve malgré tout le sentiment non d’un désir perpétuellement inassouvi (celui de toutes les choses qu’on pourrait voir sur les autres chemins) mais au contraire d’une sorte de plénitude, d’une nécessité à la fois inéluctable et nourricière, puisqu’elle seule constitue pendant des jours, des semaines ou des mois, au fil de votre route, le fil même de votre vie.



lundi 13 février 2012

Russell


"There was the Count's mountain. Count Henry Patrick Marie Russell-Killough, the monstre sacré of Pyrenean exploration, was eight years younger than his friend Charles Packe, but a man whose eccentricity brought him greater notoriety. Russell, born to an Irish father and a French mother, was a romantic, a man who had studied philosophy, was an accomplished violinist and, according to his contemporary Beraldi, an effréné valseur, a wild waltzer. He was also responsible for sixteen first ascents in the Pyrenees.
Russell fell in love with Vignemale, the highest peak in the French Pyrenees, clothed in the range's most elegant glacier. Russell's infatuation with this white-robed colossus led him to climb to the summit thirty-three times, on the last occasion at the age of seventy."
Nicholas Crane, Clear Waters Rising, A Mountain Walk Across Europe, Viking, 1996.


"Là se trouvait la montagne du Comte. Le Comte Henry Patrick Marie Russell-Killough, le monstre sacré de l'exploration pyrénéenne, avait huit ans de moins que son ami Charles Packe, mais son excentricité lui avait valu une plus grande notoriété. Russell, né d'un père irlandais et d'une mère française, était un romantique, qui avait étudié la philosophie, était un violoniste accompli et, d'après son contemporain Béraldi, un valseur effréné. On lui doit aussi seize premières ascensions dans les Pyrénées.
Russell était tombé amoureux du Vignemale, le plus haut sommet des Pyrénées françaises, drapé dans le plus élégant glacier de la chaîne. La passion de Russell pour ce colosse en robe blanche l'avait conduit à en faire l'ascension trente-trois fois, la dernière à l'âge de soixante-dix ans".






Le Comte Henry Russell est un personnage pour lequel j'ai beaucoup de tendresse. C'était un dingue d'origine irlandaise qui, après avoir bourlingué dans le monde entier, au XIXe siècle, avait fini par débarquer dans les Pyrénées dont il était tombé éperdument amoureux. Son nom est tout particulièrement attaché à l'histoire du Vignemale, le 3e sommet des Pyrénées, le 1er côté français. Il a même réussi à en obtenir la concession pour 99 ans et a fait creuser des grottes près du sommet pour y séjourner. Que voulez-vous, un type assez cinglé pour faire monter un poêle et des tapis persans sur un glacier afin d'y fumer sa pipe tranquillement, haut de forme sur la tête, moi ça m'attendrit.
Bref, on pourrait longuement parler de Russell, mais c'est un extrait de son livre "Souvenirs d'un montagnard", publié à Pau en 1908, et que j'ai la chance de posséder, que je voudrais vous soumettre. Ce qu'il écrit dans ce passage permet de relativiser les états d'âme des randonneurs ultra-légers armés de cuillères en titane. Ce texte date de 1899.



"Quoiqu'il en soit, je n'ai aucune hésitation à poser en principe que dans les Pyrénées, un homme solide et bien portant, prudent et jeune, c'est-à-dire n'ayant guère dépassé les quarante ans, peut s'habituer à gravir les plus hautes cimes sans risque sérieux, s'il a soin d'observer certaines règles que dicte le sens commun et qu'apprend l'expérience. Ainsi celui qui veut apprendre ce qu'on pourrait appeler "l'art de la solitude" dans le dédale souvent perfide des montagnes, loin de la vie civilisée, doit avant tout être en parfaite santé: sans cela, il risque sa vie à chaque instant. C'est la première de toutes les conditions... Si le matin de son départ il est un peu malade, ou s'il a mal dormi, de manière à partir fatigué, il ne doit pas partir du tout.
Il devra prendre des vivres pour plus d'un jour, car il peut arriver à tout le monde de se perdre: mais ce n'est pas un accident sérieux, si l'on a de quoi vivre. Dans les sauvages montagnes de la Nouvelle-Zélande, je suis une fois resté trois jours perdu et seul, sans un atome de nourriture. C'est le beau temps du troisième jour qui me sauva la vie. Sans cela, j'étais "fini". Mais la leçon a été bonne! Ce sont des catastrophes auxquelles on ne s'expose jamais deux fois! Et la moindre prévoyance me l'aurait épargnée!
Le "solitaire" devra toujours avoir un sac en peaux d'agneaux, pour pouvoir se passer de cabanes, et à plus forte raison, d'hôtels! On s'habitue bien vite à dormir sous des blocs de granit: et dans les Pyrénées, il n'en manque pas! On n'a que l'embarras du choix! Un bon rocher vaut une maison, et on se sent chez soi. Aucun voisin pour faire du bruit; pas d'ouvriers, pas de bébés miaulant ou gémissant; sécurité complète contre l'incendie; pas besoin d'assurance!
N.B.- La laine du sac devra être en dedans, d'abord parce que cela tient plus chaud; ensuite pour éviter d'être pris pour un agneau, danger sérieux dans les pays de loups, qui sans cette précaution, m'auraient peut-être mangé en 1865, au milieu de la nuit, sur les déserts du Cotiella.
Il saute aux yeux qu'il faudra une chemise de flanelle, et des bas de rechange, ainsi qu'une carte et une boussole. Les espadrilles sont très utiles sur les rochers, et la nuit, elles remplacent les pantoufles.
On me dira peut-être que tout cela constitue un grand poids... Erreur! Vivres pour trois jours, costume et sac n'arrivent certainement pas ensemble à peser quinze kilos: et si l'on a bon appétit, comme c'est probable, la charge des vivres diminue vite! Mon sac en peaux d'agneaux, qui depuis trente-six ans me sert de lit dans les montagnes, et qui, dans d'effroyables tempêtes de neige, m'a plus d'une fois sauvé la vie, ne pèse que trois kilos! C'est une des plus belles inventions de notre siècle, dont on dit tant de mal... Le voilà réhabilité."

Henry Russell, Souvenirs d'un montagnard, Pau, Vignancour, 1908


Pas de tente ni de tarp. UL hiking, façon Russell.

dimanche 12 février 2012

YOWZAH! *


"[J'ai] souvent vu dans leur visage et au fond de leurs yeux, la sérénité que seuls connaissent des gens qui réalisent leurs rêves".
Éric Valli, Rencontres hors du temps, 2011



Ça y est, je viens de recevoir mon permis! Il me donne l'autorisation de parcourir le Pacific Crest Trail. Il me donne l'obligation d'en parcourir au moins 800 kilomètres (500 miles).

Il est assorti d'un certain nombre d'autres obligations ou restrictions. Je n'ai pas le droit de m'éloigner du PCT de plus de 15 miles, et ce pour ravitailler seulement. On ne m'autorise que "de courtes périodes hors du sentier, pour ravitailler, attendre du courrier ou autres nécessités".
Bienvenue à Cayenne, euh..., à Campo.









* "Yowzah": expression d'argot urbain qui exprime une intense émotion, ou l'excitation, face à un événement inattendu ou extraordinaire.



samedi 11 février 2012

Le loto des randos


"The shallow consider liberty a release from all law, from every constraint. The wise man sees in it, on the contrary, the potent Law of Laws."
Walt Whitman

"Ceux qui sont légers considèrent la liberté comme évasion à toute loi ou contrainte. L'homme sage y voit, au contraire, la toute-puissante Loi des Lois".



Comment gère-t-on la surfréquentation croissante en montagne? Dans les Alpes, voire les Pyrénées, la masse critique est souvent atteinte ou dépassée et passer la nuit dans un refuge bondé peut être une expérience redoutable.
Aux États-Unis, notion de wilderness oblige, on traite le problème de manière sensiblement différente. Je vous laisse juges, si nécessaire. Pour randonner aux États-Unis, il faut un permis, parfois plusieurs permis. Ceux-ci permettent de contrôler le nombre de randonneurs, de façon souvent drastique. Obtenir un permis pour parcourir le John Muir Trail, par exemple, est un parcours périlleux en soi, pour lequel il faut pas mal de chance. De ce point de vue, je l'ai déjà dit, les thru-hikers sont des privilégiés, puisque l'obtention du seul permis nécessaire pour les 4300 km du PCT est une simple formalité. Je l'attends d'un jour à l'autre, mais je sais que je l'obtiendrai.
Mais il y a mieux, ou pire, c'est selon. Pour les lieux particulièrement encombrés, on a mis sur pied des systèmes de loterie. C'est dorénavant le cas, par exemple, pour faire l'ascension de Half-Dome, dans le Parc National de Yosemite, et pour l'ascension du Mont Whitney, dans le sud de la Sierra Nevada. À 4400 m, le Mont Whitney est le point culminant des 48 États américains contigus. Les deux autres États sont, vous le saviez, Hawaii et l'Alaska. Et en Alaska, vous avez le véritable point culminant des États-Unis, le Mont McKinley, ou Denali.
Bref, pour le Mont Whitney et pour Half-Dome, vous devez maintenant vous inscrire à une loterie qui aura lieu au mois de mars pour savoir si vous pourrez y aller cet été. Il existe une deuxième chance, une loterie organisée deux jours avant l'ascension que vous aurez programmée. On est prié d'avoir de la chance. De la chance, les thru-hikers en ont, car le permis PCT inclut la possibilité de monter au sommet de Mt Whitney, du moment que vous restez sur le Pacific Crest Trail, sans ressortir du sentier. Les points de contrôle, si je puis dire, sont ce qu'ils appellent les "trailheads", les points d'accès aux sentiers. Si vous ne franchissez pas ce trailhead, dans un sens ou dans l'autre, puisque vous êtes déjà en montagne, sur le PCT, vous n'êtes pas comptabilisés. Et hop! Un p'tit crochet à 4400 m et on continue sur le PCT.

Intéressante notion que celle de la loterie, au pays de la liberté. Vous n'y êtes donc pas "libres" de partir vous balader comme vous le voulez, quand vous le voulez, où vous le voulez. Sommes-nous nous-mêmes plus libres pour autant, ou notre liberté doit-elle nécessairement inclure celle de faire des dégâts dans l'environnement par surfréquentation, je vous laisse le soin de méditer sur cette question philosophique passionnante, ou sur la citation du grand Walt Whitman.



vendredi 10 février 2012

Cherchez la petite bête


"C'est une question de propreté: il faut changer d'avis comme de chemise".
Jules Renard

"En close bouche, n'entre point mouche."
Prosper Mérimée



La question de l'hygiène préoccupe beaucoup les membres du forum pct-l ces jours-ci. Ils n'ont sans doute pas tort. C'est un problème. Évidemment, ils paient ainsi en partie les rigueurs de leur philosophie ultra-légère qui leur interdit d'emporter de quoi se laver à peu près sérieusement sous prétexte qu'une savonnette est trop lourde ou risque de polluer l'environnement.
On commence d'abord par le fait que les hikers n'emportent qu'un seul jeu de vêtements, qu'ils n'ont la possibilité de laver que très épisodiquement, lors des ravitaillements en ville. Ça, je le conçois bien, le poids de vêtements de rechange serait trop important. J'ai même lu récemment le récit d'une randonneuse qui expliquait que ce n'était pas terrible de randonner pendant des jours et des jours avec le même jeu de sous-vêtements, et qu'elle avait finalement choisi... de ne plus en porter.
Mais il est de surcroît hors de question, tabou, no way, off limits, n'y pensez même pas, absolument interdit, d'envisager de se laver dans un cours d'eau ou un lac, pour cause de risque de pollution. La philosophie dominante est — et c'est une bonne chose — LNT, Leave No Trace, on ne laisse aucune trace. Vous imaginez la gueule qu'ils feraient s'ils vous voyaient vous shampouiner dans un lac en chantonnant? Je dois avouer que dans une vie antérieure, il m'est arrivé de me baigner dans des lacs où flottaient des blocs de glace pour me faire une beauté (rude tâche!), ou de me laver dans des torrents, mais je sais bien que ce n'est plus vraiment la mode.
Dès lors, tenter de se laver loin d'un cours d'eau, comme préconisé, se heurte à des problèmes de logistique enfantins, même si vous avez une savonnette. Comment disposer d'eau loin du torrent ou du lac? On ne se promène pas sur le PCT avec une bassine, ou une douche. J'en ai une, pourtant, mais elle pèse 200g, et c'est malheureusement trop. Si, si.
Il y a aussi le problème des passages aux toilettes au fond des bois qui sont une source majeure de contamination. Au point qu'on conseille de ne jamais prendre avec les doigts, ni quoi que ce soit d'autre, d'ailleurs, les délicieuses cacahuètes qu'on vous offre gentiment dans un sac, parce que le randonneur qui vous les propose, lui, y a mis SES doigts. Certains rechignent même à serrer la main de ceux qu'ils rencontrent, par prudence. Même si les Américains se serrent rarement la main et préfèrent un sonore "hi!", la main levée, nettement plus hygiénique. Nombre de hikers n'emportent pas de savon, ni même de kleenex pour se moucher.
Tout ça ne relève, au final, pas forcément de la psychose. Il est évident qu'on détecte un thru-hiker à distance à sa redoutable odeur et que le niveau de crasse qu'on y atteint peut être impressionnant. Il vaut peut-être mieux prendre quelques précautions élémentaires pour limiter les dégâts. Le gel hydroalcoolique pour les mains semble devenir un article incontournable, les lingettes bébé aussi. Elles peuvent vous éviter de douloureuses irritations.
Enfin, les torrents sont, pour la plupart, contaminés par différentes petites bestioles, dont la plus répandue est giardia lamblia, un protozoaire qui provoque des troubles intestinaux particulièrement sévères. Filtrer l'eau n'est vraiment pas un luxe. Et je ne parle pas des plantes vénéneuses qui peuvent transformer l'épiderme en steak haché.

Les ours et les pumas ne sont peut-être pas le danger le plus important, après tout.

Elle est en vente aux États-Unis:
Poudre anti-cul de singe...

mercredi 8 février 2012

Mountain Lion, Cougar, Puma, grrrr


“I believe a strong woman may be stronger than a man, particularly if she happens to have love in her heart. I guess a loving woman is indestructible.” 
John Steinbeck

"Je pense qu'une femme forte est sans doute plus forte qu'un homme, en particulier si elle a de l'amour dans son cœur. J'imagine qu'une femme qui aime doit être indestructible".


Voici encore un petit article (exotique...) du San Francisco Examiner de ce jour. Un puma a été vu dans une zone habitée, à portée de caillou de la Silicon Valley, au sud de San Francisco, une des rares régions où, justement, il n'est pas censé vivre, d'après la carte ci-dessous. On vous recommande de ne pas l'approcher (merci du conseil) et on vous donne les conseils classiques: levez les bras pour paraître plus grand, criez, jetez des cailloux, bref... Un peu pathétique, tout de même. Concernant le conseil de ne pas approcher, il peut ne pas être inutile. Je lisais dans le bouquin de Bill Bryson une épouvantable anecdote: une famille s'était trouvée confrontée à un ours lors d'un pique nique. Ils n'ont rien trouvé de mieux, puisque l'ours n'avait pas l'air agressif du tout, que de tartiner la main de leur enfant avec du miel pour faire une photo de l'ours la lui léchant. L'ours n'a pas dû bien comprendre le plan, il a arraché la main de l'enfant.







L'habitat californien du puma. Il y en a jusqu'à Campo... Il n'y a en fait aucun endroit du PCT où il n'y a PAS de pumas. Les deux taches blanches, ce sont: la grande plaine centrale de Californie, région d'agriculture intensive, et le désert du Mojave (le triangle, vers le bas de la carte).






Soyez en sécurité dans les régions où vivent des pumas

Les pumas sont silencieux, solitaires et discrets, et ils évitent généralement les humains.
Les attaques de pumas envers les humains sont extrêmement rares. Cependant, le nombre de conflits augmente, car la population de Californie empiète sur l'habitat du puma.
• Ne randonnez pas, ne faites pas de vélo, ne courez pas seul.
• Évitez de randonner ou de faire du jogging quand les pumas sont les plus actifs — à l'aube, au crépuscule, et la nuit.
• Surveillez attentivement les jeunes enfants.
• N'approchez pas les pumas.
• Si vous rencontrez un puma, ne courez pas. Au contraire, faites face à l'animal, faites du bruit et essayez d'avoir l'air plus grand en agitant les bras. Jetez-lui des cailloux ou d'autres objets. Prenez les jeunes enfants dans les bras.
• Si vous êtes attaqués, battez-vous.
• Si un puma attaque une personne, appelez immédiatement le 911.


lundi 6 février 2012

Cheminement



"Rien de ce qui est fini n'est jamais complètement achevé
Tant que tout ce qui est commencé n'est pas totalement terminé."
Pierre Dac



Je connais, grâce à Charlie Jones, l'existence du Pacific Crest Trail, depuis le mois de juillet 1996, soit depuis plus de quinze ans. J'ai depuis ce jour toujours gardé en tête l'idée — parfois insistante et tenace, parfois plus lointaine et hypothétique — de tenter de le parcourir. Jusqu'à sa disparition en 2001, ce projet impliquait bien évidemment Martine, avec qui j'ai fait de la montagne pendant près de vingt ans. Il m'a ensuite fallu près de dix ans pour pouvoir faire à nouveau de la montagne avec une certaine sérénité, notamment avec l'appui bienveillant de mon ami Jean-Pierre, sans qui je ne sais pas vraiment si j'aurais repris la randonnée.
C'est au début de 2011 que l'envie de partir sur le PCT a refait surface et s'est faite pressante. Cette idée a même rapidement revêtu une sorte de caractère d'urgence. Elle est devenue une décision grâce au soutien incroyable d'Anne-Marie, sans qui il est clair que j'aurais pas ce fantastique projet devant moi. Je le prépare, j'y réfléchis et j'y travaille concrètement depuis un an. J'ai entamé une préparation physique soutenue depuis le mois de juillet dernier, avec l'aide et le soutien de mon ami Roger, qui m'a traîné par les pieds jusqu'à sa salle de sport, et m'a aussi accompagné à la fin août en Californie pour y dévaster REI (1). Il m'est un soutien précieux. Et j'écris ce blog depuis déjà trois mois. Il m'a aidé à prendre pied dans le réel.
Aujourd'hui, il me reste deux petits mois à patienter. Dans deux mois, soixante jours, le 5 avril 2012, mon ami Rob me conduira à Campo où nous nous donnerons un solide hug bien américain devant le monument, à la frontière mexicaine. Et j'imagine qu'il me regardera partir avec une certaine inquiétude... Sans Rob, l'organisation logistique serait beaucoup plus compliquée.

Ce sont les étranges paradoxes d'une telle entreprise. Le chemin sera très long, mais le chemin déjà accompli l'a aussi été. Seize ans. Charlie sera toujours là, lui aussi, puisqu'il continue d'approvisionner inlassablement sa cache d'eau dans le désert du Mojave. Il serait amusant qu'on s'y rencontre. Je serai seul sur le PCT, mais j'y ai été conduit et accompagné par de nombreuses personnes qui me sont chères. Et je sais que j'y serai suivi, jour après jour, par ceux que j'aime et qui ont la gentillesse, et la patience, de m'aimer. Ils sont essentiels. Ce sont eux, ceux que je ne verrai pas mais dont je saurai qu'ils sont là, qui m'aideront à avancer. Je vais vraiment avoir besoin de tout le monde, ici et là-bas!
Le Pacific Crest Trail, une entreprise solitaire qui ne l'est en réalité pas du tout. Je me sens un peu comme le candidat à l'élection présidentielle, qui ne serait rien sans son équipe, tous ceux qui sont dans l'ombre, en coulisses, et font fonctionner la machine, famille, amis, trail angels. Reste à voir si je peux être élu. Mais ce n'est finalement pas le plus important. Pierre de Coubertin avait raison.
Merci, du fond du cœur, à toutes celles et ceux à qui je dois de pouvoir tenter de réaliser un fabuleux rêve. Non, de le réaliser, ce qui sera chose faite quand je serai parvenu à Campo, le dos à la clôture.

1. REI est une chaîne américaine de matériel de sport, de plutôt bonne qualité. On y devient adhérent, ce qui a pour effet de vous permettre de récupérer 10% de vos achats en dividendes une fois par an, au mois de mars. Comme je l'ai lu quelque part, on reconnaît un thru-hiker au fait que ses dividendes REI sont supérieurs à $100. Les miens devraient être bien supérieurs...




dimanche 5 février 2012

Une relative antiquité




Si vous êtes d'assidus lecteurs de cet extraordinaire blog, vous devez vous rappeler qu'il y a peu je m'interrogeais sur la durée de vie du Pacific Crest Trail. La surfréquentation est en effet, à mon sens, une fantastique menace pour ce remarquable parcours, dont je qualifiais l'existence de "miracle". Le terme n'est pas anodin, vous le verrez dans le passage que je vous traduis ci-dessous.
Il convient de prendre également en compte la vitesse à laquelle les choses évoluent aux États-Unis, un pays dans lequel une maison âgée de trente ans est qualifiée de monument historique. Et il n'est nul besoin d'aller à Las Vegas pour découvrir un nouveau paysage urbain à chaque voyage. Cette transformation permanente des États-Unis confirme, une fois encore, que l'existence du PCT est bien un miracle. Un miracle antique, puisqu'on a commencé à évoquer la possibilité de sa création dans les années 1920.
J'ai donc été particulièrement intéressé de lire ce que dit Bill Bryson concernant l'Appalachian Trail. Il me confirme égoïstement qu'il faut se précipiter sur le PCT avant qu'il ne fasse lui aussi partie des souvenirs de l'histoire.
Dans ce passage, la réflexion de Bryson est suscitée par une halte ravitaillement dans une petite ville aux portes du Parc National des Smoky Mountains, Gatlinburg, dans le Tennessee.


"Je sais que le monde est en perpétuelle évolution, mais la vitesse du changement aux États-Unis est tout simplement sidérante. En 1951, l'année où je suis né, Gatlinburg n'avait qu'un seul commerce, un magasin de fournitures générales qui s'appelait Ogle's. Puis, avec l'accélération économique des années qui ont suivi la guerre, les gens ont commencé à venir vers les Smoky Mountains en voiture, et des motels, des restaurants, des stations services, des boutiques de souvenirs sont apparus pour les servir. En 1987, Gatlinburg disposait de 60 motels et 200 boutiques de souvenirs. Aujourd'hui, elle a 100 motels et 400 boutiques de souvenirs. Et le plus remarquable est que ça n'a rien de remarquable.
Réfléchissez à ceci: la moitié des bureaux et des centres commerciaux d'Amérique, aujourd'hui, ont été construits depuis 1980. La moitié. 80% de toutes les maisons du pays sont postérieures à 1945. De toutes les chambres de motels d'Amérique, 230 000 ont été construites au cours des 15 dernières années. À proximité de Gatlinburg se trouve la ville de Pigeon Forge, qui il y a vingt ans était un hameau endormi — non, qui aspirait à être un hameau endormi — qui n'était connu que comme la ville natale de Dolly Parton. Puis l'estimable Mme Parton y a bâti un parc de loisirs du nom de Dollywood. Désormais, Pigeon Forge dispose d'un centre commercial de 200 magasins d'usine répartis le long de 5 km de route. C'est plus grand et plus laid que Gatlinburg, mais il y a davantage de place pour se garer et ils reçoivent davantage de visiteurs.
Maintenant, comparez tout ça à l'Appalachian Trail. Au moment où nous avons fait notre randonnée, l'Appalachian Trail avait 59 ans. C'est, selon les critères américains, un âge tout à fait vénérable. La piste de l'Oregon ou celle de Santa Fe n'ont pas duré aussi longtemps. La Route 66 n'a pas duré aussi longtemps. L'ancienne Lincoln Highway, qui allait d'une côte à l'autre, une route qui a apporté la richesse et la vie à des centaines de petites villes, si importante et célèbre qu'on a fini par l'appeler "la rue principale d'Amérique", n'a pas duré aussi longtemps. Rien en Amérique ne dure aussi longtemps. Si un produit ou une société ne se réinvente pas en permanence, il ou elle est vite dépassée, mis de côté, abandonné sans faire de sentiment au profit de quelque chose de plus grand, de plus neuf et — hélas — toujours plus laid. Et il reste le bon vieux AT, qui fonctionne toujours après 60 ans, sans faire de bruit, splendide, fidèle à ses principes fondateurs, ignorant que le monde continue d'évoluer. C'est un miracle, vraiment."

Bill Bryson, A Walk in the Woods.


samedi 4 février 2012

A Walk in the Woods


Cette citation m'a été envoyée par mon ami Rob, du futur "camp de base" PCT  de Long Beach... Merci Rob.

"I started thinking of impossible cliffs at dawn
and by evening was settled on a mountain top."

Hsieh Ling-Yun
 385-433

"J'ai commencé à rêver d'impossibles falaises à l'aube, et le soir, j'étais perché au sommet de la montagne".



Bill Bryson est un écrivain américain plutôt prolifique. Un de ses morceaux de bravoure est un ouvrage intitulé "A Walk in the Woods", qui a été réédité en 2006. J'ai découvert qu'il était sur le point d'être publié en Français, mais ce n'est toujours pas le cas à ce jour.
Je suis en train de le lire et Atchoum, notre chat angora qui a pour habitude de faire la sieste sur mon estomac pour que je lui gratte les oreilles, était particulièrement agacé hier soir des soubresauts de mes éclats de rire qui l'empêchaient de méditer paisiblement sur les difficultés de sa vie de chat. Bill Bryson raconte une randonnée sur le pendant Côte Est du PCT, qu'on appelle Appalachian Trail. C'est un parcours qui va de la Géorgie au Maine, est moins long et moins sauvage que le PCT, et beaucoup plus fréquenté. Cela dit, la problématique est sensiblement la même et les interrogations métaphysiques des aspirants thru-hikers se rejoignent. Je vous traduis donc un passage du début, lorsque Bill Bryson a pris la décision d'aller se balader dans les bois et commence à se renseigner sur ce que cette randonnée pourrait impliquer. Je ne saurais trop vous conseiller de le lire en Français lorsqu'il aura été publié, sous le titre de "Promenons-nous dans les bois".




"Pratiquement tous ceux avec qui j'ai discuté avaient une histoire atroce à raconter, qui impliquait un ami innocent parti randonner sur le sentier, plein d'espérances et chaussures neuves aux pieds, pour revenir en titubant deux jours plus tard, un lynx encore cramponné à leur crâne, ou la manche sans bras dégoulinante de sang, en chuchotant dans un souffle rauque "un ours!", avant de sombrer dans un coma agité.
La forêt était pleine de périls — des serpents à sonnette ou des mocassins d'eau, des nids de vipères; des lynx, des ours, des coyotes, des loups, et des sangliers; des dégénérés à demi-dingues déséquilibrés par des quantités démesurées d'alcool de maïs frelaté et des générations de relations sexuelles hors nature; des putois, des ratons laveurs et des écureuils rendus fous par la rage; des fourmis de feu impitoyables et de féroces mouches noires; le lierre vénéneux, le sumac empoisonné, les salamandres vénéneuses; et même un échantillonnage  d'élans gravement atteints par un ver parasite qui se niche dans leur cervelle et les perturbe assez pour qu'ils en viennent à pourchasser de malheureux randonneurs au travers de prairies isolées et ensoleillées, jusqu'à les pousser dans les lacs glacials.
Des événements littéralement inimaginables pouvaient se produire sur ce parcours. J'ai entendu parler d'un homme qui était sorti de sa tente à minuit pour faire pipi et avait été attaqué par une chouette à la vue basse — et la dernière fois qu'il avait vu son cuir chevelu, celui-ci pendait sous les serres dont la silhouette se détachait joliment au clair de lune — ou d'une jeune femme qui avait été réveillée par un chatouillement sinusoïdal sur son ventre. En jetant un coup d'œil dans son sac de couchage, elle avait trouvé une vipère nichée au creux de ses cuisses. On m'a raconté quatre histoires distinctes (toujours accompagnées d'un ricanement) de randonneurs et d'ours se partageant une tente pendant quelques instants de joyeuse agitation; de gens brutalement vaporisés par la foudre ("restait plus rien de lui, sauf une trace calcinée") — une boule de feu aussi grosse qu'eux — après avoir été surpris par des orages soudains sur une crête dégagée; de tentes écrasées par des chutes d'arbres, ou poussées vers le précipice par la violence de la pluie et envoyées telles des parapentes vers le fond de la vallée dans le lointain, ou balayées par le mur d'eau d'une inondation subite; de randonneurs innombrables dont la dernière expérience fut celle du sol qui tremblait et dont la dernière et confuse pensée fut: "Qu'est-ce que c'est que cette m...?"
Il ne m'avait fallu que quelques lectures sommaires de récits d'aventure, sans même le renfort de la moindre imagination, pour entrevoir les circonstances dans lesquelles j'allais me retrouver encerclé par une meute de loups enhardis par la faim, titubant, mes vêtements en lambeaux, sous les morsures des fourmis de feu, ou tétanisé par la vision d'un sous-bois se précipitant vers moi telle une torpille, juste avant d'être projeté en arrière par un sanglier de la taille d'un canapé, l'œil vitreux, le couinement perçant, et mis en appétit par ma chair rose, grassouillette et attendrie par la vie citadine.
Et puis, il y avait toutes les maladies qui rôdaient dans la forêt —Giardia Lamblia, l'encéphalite équine, la fièvre des Rocheuses, la maladie de Lyme, Helicobacter pilori,  Ehrlichia chaffeenis, la schistosomiase, la brucellose, et le shigella, pour ne citer que quelques exemples. L'encéphalite équine, provoquée par une piqûre de moustique, attaque le cerveau et le système nerveux central. Si vous avez beaucoup de chance, vous pouvez espérer passer le restant de vos jours en fauteuil roulant, une minerve autour du cou, mais en règle générale, vous en mourrez. Il n'y a aucun traitement. La maladie de Lyme n'est pas mal non plus, causée par la morsure d'une tique de la taille d'une tête d'épingle. Si on ne la détecte pas, elle peut rester en sommeil dans votre corps pendant des années avant d'exploser en une véritable fiesta de troubles divers. C'est une maladie pour ceux qui veulent toutes les expérimenter. Les symptômes débutent par des maux de tête, de la fatigue, de la fièvre, des frissons, le souffle court, des vertiges, des douleurs lancinantes dans les extrémités, puis on progresse rapidement vers les troubles du rythme cardiaque, la paralysie faciale, des spasmes musculaires, de graves troubles mentaux, une perte de contrôle des fonctions corporelles, et — ce qui est assez peu surprenant au vu des circonstances — une dépression chronique.
Ensuite, il y a la famille peu connue des micro-organismes qu'on appelle hantavirus, qui pullulent dans un microscopique brouillard au-dessus des déjections de souris et de rats, et sont ensuite aspirés dans le système respiratoire humain par ceux qui auront eu la malchance de laisser traîner un orifice respiratoire à proximité d'eux — en se couchant, par exemple, sur un bat-flanc où des souris infectées se seront promenées au préalable. En 1993, une seule épidémie d'hantavirus a tué trente-deux personnes dans le sud-ouest des États-Unis, et l'année suivante, cette maladie a fait sa première victime sur l'Appalachian Trail, lorsqu'un randonneur l'a attrapée en couchant dans un abri "infesté de rongeurs" (Tous les abris de l'AT sont infestés de rongeurs). Dans le monde des virus, seuls la rage, l'Ebola, ou le VIH sont encore plus mortels. Là encore, il n'y a aucun traitement.
Enfin, comme on est en Amérique, il y a la possibilité permanente d'être assassiné. Au moins neuf randonneurs — les chiffres réels dépendent de la source consultée et de la manière dont vous définissez un randonneur — ont été tués sur le sentier depuis 1974. Deux jeunes femmes seraient tuées pendant que j'y serais."

Bill Bryson, A Walk In The Woods, Rediscovering America on the Appalachian Trail, Anchor, 2e éd. 2006



"All the books tell you that if the grizzly comes for you on no account should you run. This is the sort of advice you get from someone who is sitting at a keyboard when he gives it. Take it from me, if you are in an open space with no weapons and a grizzly comes for you, run. You may as well. If nothing else, it will give you something to do with the last seven seconds of your life."
Bill Bryson

"Tous les livres vous disent que si un grizzly s'approche de vous, il ne faut en aucun cas courir. C'est le genre de conseil qu'on reçoit de quelqu'un qui est assis devant son clavier quand il vous le donne. Écoutez-moi plutôt, si vous êtes dans un endroit dégagé, sans arme, et qu'un grizzly s'approche, courez. Il vaut mieux pour vous. Au pire, ça vous donnera quelque chose à faire pendant les sept dernières secondes de votre vie".





vendredi 3 février 2012

Adam & Katie


"For me, making films is like being on vacation, it's a nice walk. But theatre is like mountaineering. You never know whether you're going to fall off or make it to the top."
Isabelle Huppert

"Pour moi, faire des films, c'est comme des vacances, une balade agréable. Mais le théâtre, c'est comme l'alpinisme. On ne sait jamais si on va tomber ou atteindre le sommet".



Adam et Katie ont parcouru le Pacific Crest Trail en 2010. Ils ont ensuite publié cinq petites vidéos de vulgarisation sur le site gadling.com pour en faire un bref compte rendu. Même si vous ne comprenez pas l'Anglais, les images sont assez parlantes et vous savez bien maintenant de quoi il s'agit. C'est malgré tout une très brève introduction. En réalité, ça s'adresse au pékin lambda qui n'a jamais entendu parler du PCT. Vous qui suivez ce blog, vous avez déjà votre diplôme d'expert ès PCT, ceinture noire 3e dan, mais c'est toujours agréable d'avoir des vidéos, plutôt que des photos.

Vidéo 1: The Gear, la préparation du matériel.
Vidéo 2: The Food, la nourriture.
Vidéo 3: The Desert, comme son nom l'indique.
Vidéo 4: The Snow, la partie Sierra.
Vidéo 5: The Rain, le nord, la Chaîne des Cascades et la fin du parcours, par un temps assez différent de celui du désert.

Et un petit texte d'introduction, que je vous traduis au-dessous. Idem, à destination du touriste qui hésiterait entre un séjour d'une semaine au Club Med de Marrakech et une petite balade de 4300 km en Amérique.

S'agissant de randonnée longue distance, les États-Unis ont la chance de disposer de plusieurs parcours remarquables, le plus célèbre étant l'Appalachian Trail, long de 3480 kilomètres, du Maine à la Géorgie. Pour beaucoup, c'est LE standard de la randonnée longue distance où que ce soit dans le monde, mais d'autres préfèrent le Pacific Crest Trail, moins connu et plus long, qui va de la frontière mexicaine à la frontière canadienne, en passant par la Sierra Nevada et la Chaîne des Cascades.
Officiellement désigné comme sentier national en 1968, le PCT s'étire sur 4300 km, et traverse la Californie, l'Oregon, et le Washington. Le sentier reste essentiellement dans des régions d'épaisses forêts, ne s'approchant que rarement de la civilisation, et au long de son parcours, il traverse six écosystèmes uniques, des forêts primaires, ainsi que des régions sub-arctiques. Le sentier passe par des paysages exceptionnels, parmi lesquels le désert de Mojave et le parc national de Yosemite, tout en passant à proximité des monts Whitney, Hood et Rainier.
Chaque année, environ 300 personnes tentent le parcours intégral du Pacific Crest Trail, ce qui nécessite de quatre à six mois. Près de la moitié y parviennent. Un plus grand nombre de randonneurs ne font que des tronçons réduits de cet itinéraire difficile et magnifique, qui va du niveau de la mer à 4000 m d'altitude.
Ce que beaucoup ignorent est que le Pacific Crest Trail est un sentier équestre autant que pédestre. Toute sa longueur est accessible aux cavaliers et beaucoup d'entre eux font chaque année des parcours longue distance, préférant explorer les régions isolées de notre pays à cheval plutôt qu'à pied.
Quelle que soit la manière dont vous envisagez de l'explorer, le Pacific Crest Trail est un des plus beaux parcours longue distance du monde. Il offre des paysages diversifiés et une randonnée isolée très différente de ce qu'on trouve sur l'Appalachian Trail, ou tout autre trek majeur. Ces caractéristiques distinguent le PCT et devraient le mettre très haut sur la liste de tout randonneur.



Le matériel


La nourriture


Le désert


La neige


La pluie

jeudi 2 février 2012

Tempête sur la Sierra



Voici le message que je viens de recevoir de l'Association du Pacific Crest Trail. Je vous le traduis, as usual. C'est à Red's Meadow, dont ils parlent en particulier, que Charlie m'a parlé en 1996 d'un très long sentier que je ne connaissais pas, qui a pour nom Pacific Crest Trail.
Comme il semble se confirmer qu'il n'y aura sans doute pas beaucoup de neige, la nature essaie de jeter des arbres en travers de mon chemin. Mais je saurai déjouer cette ruse! J'ai mon manuel de survie. Je vais chercher comment on découpe des sapins avec une cuillère en titane. Ou comment creuser des tunnels sous les arbres.

La Sierra endommagée par la tempête

Une tempête a balayé une grande partie de la Sierra le 30 novembre, causant d'importants dégâts. Ces vents de nord d'intensité inhabituelle ont soufflé jusqu'à plus de 290 km/h et se sont maintenus au-dessus de 190 km/h pendant plus de trois heures, abattant des milliers d'arbres. Nous nous attendons à découvrir un nombre significatif d'arbres abattus sur le PCT cet été.
Le Service des Eaux et Forêts rapporte que des secteurs importants tels que Red's Meadow ou Whitney Portal ont été ravagés. Les dégâts les plus importants ont eu lieu à Red's Meadow, où 10 000 arbres sont tombés. Les compte-rendus sont rares dans ces régions. Un membre du PCTA a parcouru une partie du sentier à Yosemite et a découvert des chutes d'arbres significatives, mais pas catastrophiques. Les dégâts semblent être localisés, avec des poches de concentration.
Quand la neige fondra, il est vraisemblable qu'il faudra beaucoup de temps pour remettre en état routes et campings, sans parler du PCT. Certains endroits peuvent être temporairement fermés. Les utilisateurs du sentier doivent être conscients qu'il peut y avoir des arbres dont le système racinaire a été affaibli ou qui sont partiellement tombés. Ils peuvent tomber plus tard, soyez donc prudent dans le choix de votre parcours ou de vos emplacements de camping.
Nous souhaitons profiter de cette occasion pour vous rappeler que notre programme pour les bénévoles comprend des formations et qualifications pour la scie et la tronçonneuse. Rejoignez nos équipes de bénévoles ou venez assister aux formations. Ce sont les bénévoles tels que vous qui permettent ce travail.

mercredi 1 février 2012

Timelapses Yosemite




Timelapse, kesaco? C'est un procédé photographique par lequel on demande à l'appareil photo de prendre une longue série de photos à intervalles réguliers. Ces images sont ensuite montées comme un film. Le top, c'est d'avoir en plus un dispositif de déplacement lent de l'appareil. Ça, c'est un peu plus compliqué. Mais c'est le cas dans cette vidéo.
Des timelapses, j'ai bien l'intention d'en faire sur le PCT et vous allez comprendre pourquoi.
Vous devriez même pleurer, ou presque... Si cette vidéo de 3 minutes ne vous donne pas une furieuse envie d'aller voir Yosemite, je veux bien manger le chapeau que Laurence m'a offert.

J'aurais bien des commentaires à faire sur les lieux que l'on voit, mais comment faire? Si, deux choses: les grimpeurs que l'on voit ou devine sont dans la face dite du "Nose" d'El Capitan. Un temple de l'escalade mondiale. Et il y a un passage où on voit des gens monter le long de câbles fixés au rocher: ça, c'est la voie dite normale de Half-Dome. Elle est extrêmement encombrée en été et a fait quelques morts, malgré les câbles. Il est aujourd'hui question de créer des quotas très sévères (tiens, tiens) et / ou de retirer les câbles.

Pour le reste, allez vite sur le site ci-dessous, parce que la vidéo y sera de très bonne qualité. Pensez à prendre un mouchoir.


Vous êtes autorisés à la regarder plusieurs fois.



Si vous êtes curieux de technique, la vidéo où ils expliquent comment on s'y prend. Vous verrez que ce n'est vraiment pas le type d'équipement qu'on peut emporter sur le PCT, sans parler du prix des dollies (le système de déplacement de l'appareil). L'objectif qu'ils utilisent, aussi, un Zeiss Distagon, ferait s'évanouir tout banquier normalement constitué.